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News Ressources et pollution de la nappe montagneuse en Israel

L'hydrogéologie -science qui étudie l'eau souterraine- a pour objectif la protection et la gestion durable de l'environnement. Les nappes phréatiques sont particulièrement exposées aux pollutions humaines en provenance de la surface terrestre. L'hydrogéologie des nappes phréatiques montre une pollution variée selon l'utilisation des sols de leur bassin de rechargement. Celle-ci est liée au développement et à l'économie du pays sur lequel la nappe est située. De par son contexte politique, la situation en Israël est unique et complexe. La nappe montagneuse, dont le bassin de rechargement est occupé par deux sociétés relativement différentes, présente donc une pollution multiforme.

Dans un contexte politique difficile, Israeliens et Palestiniens font face a l'imperieuse nécessite de mener ensemble une politique de developpement durable pour utiliser de manière raisonnee les ressources en eau de la nappe montagneuse et enrayer sa pollution.

Dans un contexte politique complexe, Israéliens et Palestiniens partagent des sources en eaux douces. La pollution de ces ressources est l'une des principales menaces que doivent affronter ensemble les deux populations. Bien que la répartition des eaux entre les deux gouvernements fasse l'objet de nombreux débats, leur protection n'attire pas leur attention et les eaux usées sont rejetées à la surface en grandes quantités et sans traitement. Celles-ci s'infiltrent jusqu'à la nappe phréatique et augmentent le risque de pollution des eaux douces. Certains sites de la nappe montagneuse montrent déjà des signes de contamination ce qui constitue une menace pour la disponibilité en eau douce.

Comme toutes les nappes phréatiques, la nappe montagneuse est alimentée par l'eau de surface qui traverse les terrains occupant le bassin de rechargement. L'environnement souterrain des bassins de rechargement est principalement composé de phases solides à base de matériaux naturels organiques et non organiques. Ces phases forment un milieu poreux à travers lequel l'eau s'écoule jusqu'à la nappe montagneuse. Les propriétés des matériaux solides et celles de l'eau en provenance de la surface sont des facteurs importants du transport de l'eau. Elles influencent la composition de l'eau de la nappe phréatique. Au niveau d'un bassin de rechargement, la qualité de l'eau dépend donc des rejets en surface par la population, et par conséquent de l'activité et de l'implantation humaine.

La nappe montagneuse de judée-samarie

Cette nappe montagneuse est l'une des sources d'eau douce les plus importantes de la région. Elle fournit annuellement 600 à 700 millions de mètres cubes d'eau de très grande qualité qui est partagée entre l'Autorité palestinienne et Israël. La majeure partie de la zone de recharge de 4 700 kilomètres carrés se situe en Judée-Samarie et dans le corridor de Jérusalem. La nappe fournit la plus grande quantité du volume d'extraction d'Israël. C'est également elle qui alimente la majorité de la population palestinienne de Judée Samarie via des sources, des puits ou des stations de pompage. Les autres sources d'eau douce pour les palestiniens de Judée-Samarie sont le réseau d'approvisionnement israélien, dont l'eau provient entre autre de la nappe montagneuse et de l'eau de pluie.

De par ses caractéristiques hydrologiques, l'aquifère de la zone de recharge de la nappe montagneuse est composé d'un large réseau de fractures et de canaux souterrains. Les eaux de surface traversent de manière rapide et directe vers la nappe montagneuse. Les actions de filtrations de l'aquifère sont par conséquent restreintes et la zone de recharge de la nappe montagneuse est très vulnérable à la pollution.

Près de trois millions de personnes israéliennes et palestiniennes habitent sur la zone de recharge. Toutes les eaux usées de ces populations pénètrent jusqu'à la nappe montagneuse. Afin de limiter la pollution, une station d'épuration israélienne traite les eaux de la ville de Jérusalem et une partie des eaux usées de Beit Sahour, Bethleem et A-Ram ; les eaux usées de Modi'in sont également prises en charge. Cependant, les villages palestiniens et les agglomérations israéliennes de Judée-Samarie répandent leurs eaux usées avec peu ou sans traitement dans la zone de recharge de la nappe montagneuse.

Les effets de la pollution

Sans installations permettant le traitement de la totalité des eaux usées des villes et villages de Judée-Samarie, celles-ci atteignent la nappe montagneuse. Des prélèvements réalisés prouvent que la pollution de surface du bassin de recharge a déjà commencé à atteindre les ressources souterraines. Bien que la nappe montagneuse ne soit pas polluée, il est certain que les pollutions l'atteindront et la nappe ne restera pas intacte dans les quinze prochaines années.

L'agriculture moderne utilise de très grande quantité d'engrais azotés. L'azote non consommé par les plantes s'infiltre dans les aquifères jusqu'à la nappe montagneuse ou bien est lessivé par ruissellement vers les eaux de surface. Des concentrations élevées en nitrates sont dangereuses pour les êtres humains et l'environnement. Elles peuvent conduire à une eutrophisation des eaux de surface et provoquer de graves problèmes de santé pour l'homme. Des études associent une exposition élevée aux nitrates dans l'eau de boisson à différentes maladies ou risques comme la méthémoglobinémie, l'hyperthyroïdie, un risque de malformation du système nerveux central chez les nouveaux nés ou encore une formation d'agents cancérigènes. Alors que l'Organisation mondiale de la santé recommande de ne pas dépasser le seuil de 50 mg/L en nitrates dans l'eau potable, l'Israeli Water Commission a relevé des niveaux très élevés de nitrates dans les eaux usées non traitées et de l'agriculture : pouvant atteindre 60 à 80 mg/L près d'Héron et 100 à 145 mg/L à proximité de Tul Karem.

L'utilisation intensive de sels, le pompage excessif d'eau douce et le changement d'utilisation des sols modifient l'équilibre naturel de la végétation et provoquent une salinisation des sols et de l'eau. La pollution saline est une des pollutions les plus importantes par ses effets dévastateurs sur l'environnement. Elle a des conséquences variées telles que l'altération d'importantes niches écologiques, la dégradation de la qualité de l'eau à un niveau où elle ne pourrait plus être potable, voire même utilisable pour l'agriculture et l'industrie, la perte de la fertilité des sols et le changement de leur structure, la dégradation des infrastructures telles que les routes, conduites souterraines et bâtiments.

Les pesticides sont conçut pour lutter contre les organismes nuisibles. Bien qu'ils soient nocifs, ils sont utilisés en très grande quantité. Seule une partie des pesticides répandus atteint la cible voulue et de nombreux organismes non visés sont sévèrement touchés. En grande quantité, ils provoquent chez l'homme des défaillances neurologiques, des problèmes de reproduction, d'interférences avec le développement du nouveau-né et de cancers.

Le traitement des eaux usées de la nappe montagneuse

La pollution de la nappe montagneuse est d'origine domestique ou industrielle. Selon les régions habitées, les populations et les habitudes de vie, la pollution n'est pas homogène. La nappe montagneuse est donc assujettie aux rejets domestiques israéliens, aux rejets domestiques d'origine palestinienne et aux autres sources de pollution.

Les eaux usées des villes et villages d'Israël sont traitées depuis une quinzaine d'années. En 1999, Israël a mis en service une station d'épuration à Soreq. Celle-ci permet le traitement des eaux usées de Jérusalem. La ville de Modi'in a également été reliée à une station d'épuration après un jugement en appel des organisations de défense d'environnement. Les eaux usées israéliennes en dessous de la ligne verte -séparation entre l'Israël et la Cisjordanie- ne posent donc pas de problème de pollution pour la nappe montagneuse. A l'inverse, les rejets en eaux usées des agglomérations israéliennes de Judée-Samarie sont peu ou pas traités. Ils atteignent 15 millions de mètres cubes par an. Différentes sources divergent sur leur niveau de traitement : selon l'Israëli Water Commission, 70% des rejets sont complètements traités. Selon l'Environnemental Protection Association Samaria and Jordan Valley, seul 6% des rejets sont traités au niveau des standards israéliens, tandis que 48% des eaux usées sont insuffisamment traitées ou non traitées.

Plusieurs projets de stations d'épuration sont à l'étude ou en construction pour traiter une partie des eaux usées restantes. Il semble que la construction de stations d'épuration se heurte à des conflits financiers entre les municipalités et le Gouvernement. Il y a quelques années, le ministère israélien de l'Environnement a adopté des mesures contraignantes contre quatorze agglomérations sur les soixante concernées par des rejets sauvages, afin de les forcer à mettre en place un traitement adéquat des eaux usées.

En l'absence de données fiables, les rejets des eaux usées domestiques palestiniennes sont estimées à 46 millions de mètres cube par an. De par la faible consommation en eau de la population palestinienne et son accès limité aux ressources hydrologiques, la concentration en matière organique est très élevée dans les eaux usées d'origine palestinienne. Les eaux usées des villages palestiniens -61% de la population palestinienne en Judée-Samarie- sont habituellement rejetées dans des fosses non-imperméabilisées. Depuis 2004, les zones urbaines palestiniennes sont connectées aux réseaux d'acheminement des eaux usées. Cependant, dans la vaste majorité des cas, ces réseaux déversent leur contenu non traité dans les rivières. Qu'elles soient rejetées dans les rivières ou dans les fosses, les eaux usées non traitées finissent par atteindre l'aquifère et menace les ressources futures en eau potable.

Des solutions comme la construction de stations d'épuration pour les agglomérations de Judée-Samarie peuvent largement réduire les risques de contamination de la nappe. En 2004, seules cinq stations d'épuration existaient pour la population palestinienne de Judée-Samarie, dont une seule en fonctionnement : une station récente financée par l'Allemagne à El-Bireh, avec une capacité équivalente à 50.000 habitants. Les autres stations étaient anciennes, incapables de traiter de telles quantités de rejets. Deux d'entre elles étaient en cours de rénovation avec une capacité limitée ne permettant pas de traiter la quantité d'eaux usées de la population actuelle. Leur rénovation constitue une nette amélioration, mais ne résout pas entièrement le problème. Plusieurs projets de nouvelles stations d'épuration pour les villes palestiniennes de Judée-Samarie ont été élaborés depuis le début du processus de paix.

Nécessité d'une politique commune de développement durable

En plus des rejets en eaux usées domestiques, d'autres sources de pollution menacent la nappe montagneuse. Celles-ci ne sont pas prises en charge par les deux populations. Elles peuvent notamment provenir des déchetteries illégales qui ponctuent toute la Judée-Samarie. L'utilisation d'engrais et l'irrigation agricole par des eaux usées non-traitées créent une source supplémentaire de pollution de la nappe. Les eaux usées issues des activités industrielles dans la zone de recharge sont préoccupantes car peu d'infrastructures sont mises en place. Une surexploitation de la nappe montagneuse peut déboucher sur une salinisation irréversible de la nappe et rendre son utilisation impossible sans traitement préalable. A Gaza, l'exploitation irrationnelle de la nappe a ainsi conduit à l'intrusion d'eau de mer dans l'aquifère côtier, diminuant singulièrement les ressources en eau.

Une des principales spécificités de la nappe montagneuse est son partage entre deux populations. Des signes de pollution ont déjà été repérés dans plusieurs zones de la nappe montagneuse. La situation est donc préoccupante. Israéliens et Palestiniens ont un rôle important à jouer dans la préservation de la qualité de l'eau afin de préserver leur propre environnement et d'assurer leur sécurité.

Les 11 et 12 juin 2008 s'est tenu à Rhodes, le premier "Forum tripartite" réunissant des parlementaires israéliens et palestiniens, ainsi que des membres de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE). L'objectif était de promouvoir le contact direct et la coopération entre les différents groupes de population. Parmi les nombreux thèmes abordés, la question de la gestion des ressources et du traitement des eaux usées a été posée. Il a notamment été mis en évidence la nécessité de mettre en place une coopération entre les deux groupes, et de faire de ce premier forum un processus permanent où se réuniront israélien et palestiniens. L'objectif étant de mettre en place une politique commune de développement durable. 

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Keyword(s) hydrogéologie
Subject(s) DRINKING WATER , DRINKING WATER AND SANITATION : COMMON PROCESSES OF PURIFICATION AND TREATMENT , HYDRAULICS - HYDROLOGY , NATURAL MEDIUM , POLICY-WATER POLICY AND WATER MANAGEMENT , PREVENTION AND NUISANCES POLLUTION
Relation http://www.semide.net/countries/fol749974/country725681
Geographical coverage Israel, Palestine
News date 05/11/2008
Working language(s) FRENCH
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